Histoire du département de chirurgie de l’université de Montréal

La nouvelle charte de l’université de 1950 et la restructuration de l’enseignement de la médecine et de la chirurgie

Le 28 mars 1950, l’Assemblée législative vote le Bill 69 qui donne à l’Université une nouvelle charte qui représente une refonte quasi complète de la charte de 1920. C’est une restructuration de la faculté de médecine et de l’enseignement de la médecine et de la chirurgie, inspirée du rapport de la Fondation Rockefeller. La nouvelle Commission des études a maintenant les pouvoirs d’élaborer les programmes d’étude, de déterminer les qualifications de base exigées des professeurs. Dès le début de l’année 1950, un nouveau Comité de l’hôpital universitaire est constitué qui comprend Mgr Olivier Morault, recteur de l’Université, le Dr Donation Marion, président, le Dr Edmond Dubé, doyen de la Faculté de médecine, les Drs Jacques Bruneau, Jules Prévost, J.-Henri Charbonneau, Wilbrod Bonin, Armand Frappier et Louis Casaubon, secrétaire.

Le 1er juin 1950, le Dr Wilbrod Bonin succède au Dr Edmond Dubé comme doyen. Le nouveau doyen est convaincu que l’hôpital universitaire verra le jour incessamment. En 1951, les différents départements de la Faculté sont définis et structurés. Pour la première fois dans l’annuaire de la Faculté, apparaît la mention du Département de chirurgie dirigé par son premier titulaire, le Dr Jacques Bruneau, chirurgien général et thoracique à l’Hôtel-Dieu. Gradué en médecine de l’Université de Montréal en 1938, il fait son entraînement en chirurgie à l’Hôtel-Dieu dans le service du Dr Armand Paré. Il poursuit sa formation chirurgicale postdoctorale au Barnes Hospital de l’Université Washington à Saint-Louis, Missouri, auprès de chirurgiens aussi illustres que Evarts A. Graham, pionnier de la chirurgie thoracique, et P. Heinbecker, instigateur auprès de l’American Board et de l’American College of Surgeons des programmes structurés d’enseignement pour les résidents en chirurgie. Le Dr Jacques Bruneau est donc le candidat tout désigné pour le poste de Directeur du Département de chirurgie de l’Université de Montréal suite à son renouveau pédagogique. Par sa rigueur scientifique et par son sens clinique exceptionnel, le Dr Bruneau a influencé profondément la pratique de la chirurgie dans notre milieu en préconisant la dissection minutieuse des tissus et le contrôle scrupuleux de l’hémostase.

Déjà, en 1949, face aux changements de l’enseignement de la médecine et de la chirurgie, et suite à la tendance de plus en plus prononcée de plusieurs médecins à se spécialiser dans un domaine particulier de la médecine ou de la chirurgie, le Collège des médecins et des chirurgiens de la province de Québec modifie ses règlements pour lui permettre de décerner des certificats de spécialistes. C’est une décision importante puisque, depuis quelques décennies, le pouvoir du Collège face aux programmes des études en médecine s’est considérablement érodé au profit des universités. Le Collège énonce donc des règlements qui définissent les conditions d’éligibilité aux examens et les exigences d’obtention du certificat des nombreuses spécialités qui s’implantent dans la province de Québec.

Au moment de la restructuration des départements cliniques en 1951, les hôpitaux qui font partie du département universitaire de chirurgie sont l’Hôtel-Dieu, Notre-Dame, Saint-Luc et Sainte-Justine. L’Hôpital Maisonneuve, en 1955, l’Institut de cardiologie de Montréal, en 1962, et l’Hôpital Sacré-Coeur de Cartierville, en 1966, se joindront à ce groupe. L’enseignement de la chirurgie se fait dans ces hôpitaux avec des programmes-maison, respectant les exigences du Collège des médecins et chirurgiens de la province, mais ayant peu à voir avec la Faculté. Malgré tous ces changements organisationnels au niveau de la Faculté, l’achèvement de l’hôpital universitaire ne progresse guère. En 1951, les experts consultés pour réviser le projet jugent que les plans originaux ne correspondent plus aux besoins actuels et suggèrent plutôt de construire le nouvel hôpital à l’ouest des bâtiments prévus. En 1952, la Faculté exige la nomination d’un administrateur pour l’hôpital universitaire, et le Dr Gérald LaSalle est choisi, en accord avec le premier ministre de la province, l’honorable Maurice Duplessis. Entre 1952 et 1955, toute une série de plans sont faits et refaits.

En avril 1955, l’Association of American Medical Colleges et l’American Medical Association font enquête sur la faculté de médecine et, dans leur rapport, concluent qu’aussi longtemps que l’hôpital universitaire ne sera pas disponible et aussi longtemps que la Faculté n’aura pas plus de professeurs à plein temps, la Faculté ne pourra pas progresser. Malgré ce rapport, à l’automne 1957, monsieur Duplessis s’objecte à la réalisation du projet et les travaux sont arrêtés.

Le coup de grâce final est asséné par l’Honorable Jean Lesage, au mois d’août 1965. Sans consultation avec la faculté de médecine, par la voie des journaux, il propose que l’hôpital universitaire soit construit à même l’Hôpital Sainte-Justine. Cette solution est jugée inacceptable par la Faculté, car elle ne répond pas au concept du centre médical. Quelques semaines plus tard, les autorités de l’Université annoncent que le terrain acquis pour construire le centre médical sera utilisé pour la construction des édifices de la faculté des sciences sociales et de la faculté de droit.

1956 à 1962 : période trouble dans la direction du Département de chirurgie En 1956, devant tant d’indécision, le Dr Jacques Bruneau cesse d’assumer la direction du département universitaire et accepte la direction du Département de chirurgie de l’Hôtel-Dieu qu’il occupera jusqu’en 1970. Pour le remplacer, le Dr Édouard Desjardins, qui n’avait jamais cessé ses activités d’enseignement sans pour autant être nommé directeur, assume la direction de l’enseignement de la chirurgie auprès des étudiants de la Faculté. En 1958, dans l’annuaire de la Faculté, il n’est plus fait mention du Département de chirurgie.

En 1961, la Faculté nomme officiellement comme Directeur du Département de chirurgie, le Dr Marcel Lamoureux de l’Hôpital Maisonneuve. Ancien chirurgien de l’Hôpital Notre-Dame, le Dr Lamoureux est reconnu pour un jugement clinique impressionnant, une dextérité chirurgicale et une élégance technique remarquables. Déjà, à l’Hôpital Maisonneuve, il a su s’entourer d’un groupe de chirurgiens intéressés à l’enseignement qui forment un département recherché des étudiants et des résidents en chirurgie.

Réforme de la faculté de médecine en 1962

Suite à sa visite en 1960, le comité d’agrément américain et canadien constate la stagnation des affaires de la faculté de médecine de l’Université de Montréal. Par bienveillance, il renouvelle l’agrément de la Faculté, mais précise qu’il y aura une nouvelle visite dans deux ans plutôt que dans cinq ans. En 1962, devant l’absence de réformes substantielles, il menace l’Université de lui retirer l’accréditation de la faculté de médecine l’année suivante. Cet ultimatum, même s’il ternit la réputation de la faculté de médecine, force les autorités universitaires à réagir et à réformer la faculté de médecine. Dès l’été 1962, le doyen Wilbrod Bonin démissionne de son poste pour être remplacé par le Dr Lucien Coutu, MD, PhD. Le Dr Coutu a le profil souhaité pour ce poste : professeur agrégé avec expérience administrative en tant qu’ancien directeur médical de l’Hôtel-Dieu, excellent chercheur chez Hans Selye, clinicien remarquable et homme de science.

Avec les nominations des Drs Jacques Genest et Marcel Lamoureux aux postes respectifs de directeur des départements de médecine et de chirurgie, la nouvelle équipe peut amorcer la réforme suggérée, d’autant plus que le comité des affaires médicales a obtenu que le budget de la Faculté soit doublé immédiatement. Grâce à ces subsides, le Conseil de la Faculté peut nommer des médecins à plein temps et prendre un nouvel essor. Lucien Coutu procède à une réorganisation complète de la Faculté et structure les grands départements cliniques. En 1963, le Département d’obstétrique-gynécologie sous la direction du Dr Michel Bérard est séparé du Département de chirurgie. La Faculté peut se développer à l’image des grandes facultés de médecine américaines. Le comité de liaison nord-américain lors de sa visite de contrôle en 1965 constate, à sa grande satisfaction, l’importance des progrès et des réformes accomplis et recommande unanimement que l’accréditation de la Faculté soit renouvelée sans condition pour une période de cinq ans.

Réforme du Département de chirurgie en 1965

Pour succéder au Dr Lamoureux en 1965, le Dr Maurice Parent, chirurgien à l’Hôpital NotreDame, est nommé. Il se voit confier le mandat de réorganiser complètement le département. Parmi les objectifs visés, on lui demande de réviser et de rajeunir le programme d’étude en chirurgie. On lui confie la tâche de ramener au sein de la Faculté les divers programmes maison de toutes les spécialités chirurgicales qui jusque-là dépendent des hôpitaux affiliés. En 1970, débutent les programmes de spécialisation en chirurgie auxquels doivent s’inscrire tous les étudiants avant d’entreprendre leur résidence. Bientôt, ces programmes sont reconnus par le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et par l’American College of Surgeons.

Parmi les autres objectifs de son mandat, le Dr Parent doit réformer le corps professoral de chirurgie : on lui demande de créer un corps professoral inter hospitalier regroupant les chirurgiens qui désirent faire une carrière académique en devenant professeurs plein temps géographiques rémunérés par l’Université. Au moment de sa nomination en 1965, il n’y avait aucun professeur à temps complet rémunéré par l’Université et, à la fin de son mandat à la direction du Département, on en comptait vingt-cinq. Malgré les critiques parfois justifiées, les professeurs PTG ont joué un rôle capital dans l’évolution du Département selon le modèle universitaire.

Avant la nomination du Dr Parent à la tête du Département de chirurgie, la recherche clinique et fondamentale existait, mais les chercheurs restaient isolés. À l’Hôpital Notre-Dame, le Dr Claude Bertrand en neurochirurgie et le Dr Édouard Gagnon en chirurgie cardiaque, à l’HôtelDieu, les Drs Georges-Étienne Cartier et Paul Cartier en chirurgie cardio-vasculaire et en chirurgie endocrinienne, à l’Institut de cardiologie de Montréal, le Dr Pierre Grondin, responsable de la première transplantation cardiaque au Canada, en sont des exemples, pour ne citer que ceux-là. Dès 1965, le Dr Parent, conscient de l’importance de la recherche dans un département universitaire, s’adresse aux Drs Jules Hardy et Marcel Rheault pour développer un noyau de chirurgiens qui s’adonneraient à la recherche tant fondamentale que clinique. Il met sur pied un comité de la recherche pour le Département de chirurgie. Il recrute les premiers chirurgiens qui obtiennent des bourses de recherche du Conseil médical de la recherche du Canada dont le Dr Conrad Pelletier, qui deviendra Directeur du Département universitaire de chirurgie, le Dr Pierre Daloze, qui fondera le service de transplantation d’organes à Notre-Dame, et le Dr Claude Chartrand, qui deviendra chef de chirurgie cardiovasculaire et thoracique de l’Hôpital Sainte-Justine.

Conscient de l’importance d’introduire les méthodes les plus récentes d’enseignement de la chirurgie, le Dr Parent recrute le Dr Jacques Desmarchais, premier chirurgien à faire des études spécialisées en pédagogie médicale et récipiendaire d’une maîtrise ès arts en éducation de l’Université d’État du Michigan. Il réalise donc tous les objectifs que lui avait confiés le Conseil de la Faculté, soit d’organiser à partir des départements de chirurgie des hôpitaux affiliés un réseau universitaire qui permettrait les échanges aux plans clinique, scientifique, pédagogique et professionnel.

Pendant le mandat du Dr Parent, deux départements chirurgicaux deviennent indépendants du Département de chirurgie : le Département d’anesthésie, en 1972, sous la direction du Dr Rosario Denis et le Département d’ophtalmologie, en 1975, sous la direction du Dr Michel Mathieu.

1977 : Rapatriement du secrétariat du Département de chirurgie dans les locaux de la faculté de médecine

Le successeur du Dr Parent, en 1977, est le Dr Jean-Panet Fauteux. Gradué de l’Université de Montréal en 1950, le Dr Fauteux, après un entraînement en chirurgie générale et thoracique à l’Hôtel-Dieu, poursuit ses études post-doctorales comme associé en recherche à l’Université John Hopkins de Baltimore sous la direction d’Alfred Blalock, Frank Spencer et David Sabiston. Depuis 1970, le Dr Fauteux est chef du Département de chirurgie de l’Hôtel-Dieu.

Homme pratique et efficace, le Dr Fauteux est convaincu de la nécessité d’un secrétariat permanent pour le Département de chirurgie. Antérieurement, le secrétariat était localisé à l’Hôpital Notre-Dame et à l’Hôpital Sainte-Justine où travaillaient respectivement le Dr Parent, Directeur du département, et le Dr Jean-G. Desjardins, son adjoint. Aussi, dès le début de son mandat, il convainc les autorités de la Faculté de fournir des locaux pour le Département sur le campus universitaire et de rapatrier les services des secrétaires administratives. Suite à cette décision, lui-même et les directeurs du département qui lui ont succédé ont pu profiter de l’expertise exceptionnelle de secrétaires administratives comme Diane Anderson, Diane Gauthier, Jacqueline Gauvin et Diane Lessard. Par leur dévouement, leur efficacité et leur compétence, elles ont non seulement facilité grandement le travail des directeurs, mais ont également permis d’assurer la bonne marche du département, sa continuité et la transition lors de la nomination des nouveaux directeurs du département.

À cette époque, le nombre des demandes d’admission en chirurgie augmente. Aussi, pour mieux gérer ces demandes et pour s’assurer d’une meilleure sélection des candidats, le Dr Fauteux instaure un Comité d’admission en chirurgie. Le premier responsable est le Dr Hervé Blanchard. Pour assurer une formation de base identique en chirurgie pour tous les candidats de chacune des spécialités chirurgicales, le Dr Fauteux, en 1981, charge le Dr Denis Bourbeau d’organiser un Tronc commun en chirurgie d’une durée de deux ans.

À la même époque, il charge les comités pédagogiques pré-doctoral et postdoctoral de revoir, de reformuler et de rédiger les objectifs cognitifs et psychomoteurs que doivent atteindre les étudiants et les résidents de chacune des spécialités chirurgicales. Il inaugure la Journée pédagogique annuelle du département pour s’assurer que les professeurs de chirurgie maîtrisent bien toutes les formes d’enseignement : conférences magistrales, ateliers de discussion clinique, utilisation de l’audiovisuel et autres techniques modernes d’enseignement. En plus de s’attaquer à la réforme de l’enseignement en chirurgie à tous les niveaux, depuis l’externat jusqu’à la résidence, le Dr Fauteux a joué un rôle important dans le développement de la recherche dans le département. Pendant les neuf années de ses deux mandats, il dirige personnellement le Comité de la recherche du département. Instigateur des Journées scientifiques chirurgicales, d’abord de l’Hôtel-Dieu en 1971, il transforme, en 1976, cet outil pédagogique et promotionnel en Journées chirurgicales du Département de chirurgie de l’Université de Montréal. Ces rencontres annuelles réunissent de nombreux chirurgiens venus de toutes les régions de la province. Les résidents et les chirurgiens du Département présentent les résultats de leurs travaux cliniques ou de recherche devant tous les membres du Département et devant des chirurgiens éminents du Canada, des États-Unis et d’Europe qui les critiquent.

Adoption d’un plan de pratique universitaire au département de chirurgie

En 1986, le Dr Louis-Conrad Pelletier, chirurgien cardio-vasculaire et thoracique à l’Institut de cardiologie de Montréal, succède au Dr Fauteux au poste de Directeur du Département de chirurgie de l’Université de Montréal. Le Dr Pelletier consacre la première année de son mandat à planifier le Département et à mettre en place une structure de gestion. Malgré les restrictions budgétaires, grâce à cette réorganisation, il réussit à faire adopter un plan de pratique par les chirurgiens plein-temps et demi-temps géographique, tentative qui avait été vaine lors du mandat de son prédécesseur. L’adoption de ce plan permet de mettre à la disposition des chefs de départements hospitaliers certaines sommes pour faciliter l’enseignement et promouvoir la recherche.

Dès le début de son mandat, le Dr Pelletier réorganise le comité d’admission des résidents en chirurgie. Sous la direction du Dr Jacques Corman, le nouveau comité devient un Comité central d’admission où chacun des hôpitaux affiliés est représenté et auquel participent également les directeurs de programmes chirurgicaux. Chaque candidature est étudiée soigneusement selon des critères bien définis. En 1986, suite au départ du Dr Bourbeau, qui devient permanent au Collège des médecins du Québec, le Dr Gilles Beauchamp le remplace pour diriger le Tronc commun.

Chirurgien de son temps, pour l’enseignement, le Dr Pelletier favorise l’utilisation de modules audiovisuels et de programmes informatisés d’apprentissage et d’auto-évaluation. Pendant son mandat, la Faculté modifie son curriculum, on veut établir un système d’apprentissage par problèmes (APP).

Au Tronc commun, le Docteur Beauchamp, Président du Comité, revoit les objectifs des stages en chirurgie et établit des modules d’enseignement qui se tiennent maintenant de façon statutaire où les résidents ont l’occasion de présenter et de discuter les sciences de base en chirurgie. Un laboratoire d’enseignement en chirurgie est mis en place à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont où les étudiants de 1ère année peuvent pratiquer les techniques chirurgicales. Le laboratoire est transféré pendant quelques années à l’Hôtel-Dieu de Montréal puis revient par la suite dans de nouveaux locaux à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Des cours sur les aspects légaux de la pratique chirurgicale sont initiés au Département de chirurgie, de même que les cours d’épidémiologie clinique, de bioéthique et de biostatistique. Le Département de chirurgie de l’Université de Montréal montre un certain leadership au niveau canadien dans l’organisation du tronc commun. La formule du tronc commun se généralise à l’ensemble des départements canadiens.

Le Dr Pelletier, conscient de l’importance de la recherche, réussit à recruter six chercheurs boursiers cliniciens et, sous sa gouverne, les subventions annuelles à la recherche dans le Département de chirurgie atteignent un montant de près de deux millions de dollars. Les projets de recherche sont si nombreux qu’il transforme, en 1992, les Journées chirurgicales du Département de chirurgie en Journée de la recherche du Département.

Pour succéder au Dr Pelletier, le Dr Jacques Corman est nommé Directeur du Département en 1994. Son mandat sera abrégé suite à des problèmes de santé qui l’obligent à se retirer de ce poste en 1995. C’est le Dr Charles-Hilaire Rivard qui est nommé directeur intérimaire, mais qui obtiendra le poste permanent en 1996.

La crise des budgets

Déjà, depuis le milieu des années 80, les budgets de l’Université et de la Faculté de médecine commencent à s’amenuiser, l’argent se fait de plus en plus rare pour engager de nouveaux professeurs. Alors que le Dr Parent, pendant son mandat, avait pu engager vingt-cinq professeurs plein temps, Jean Fauteux, malgré tous ses efforts et toutes ses démarches, pendant les dix ans de son mandat, n’a pu obtenir qu’un demi-poste PTG. La situation ne s’est guère améliorée en 1996 quand le Dr Charles-Hilaire Rivard, chirurgien orthopédiste à l’Hôpital Sainte-Justine et chercheur chevronné, prend la direction du Département.

Le Dr Rivard doit vivre une des situations les plus difficiles pour un Directeur de Département : la décroissance du corps professoral de son département. Quand il commence son mandat, le Dr Rivard peut compter sur vingt-trois professeurs à plein temps pour assurer l’enseignement de la chirurgie aux étudiants et aux résidents. À la fin de son mandat, il n’en reste que douze. Cette situation résulte de deux circonstances sur lesquelles il n’a aucun contrôle : la stagnation du budget du Département et la prise de retraite de plusieurs professeurs. Dès 1995, par un souci d’économie, l’Université favorise la prise de retraite anticipée de ses professeurs plein temps en leur allouant une généreuse allocation de retraite. La même année, également par souci d’économie, le Gouvernement du Québec, d’accord avec la Fédération des médecins spécialistes, offre une allocation de fin de carrière à tous les chirurgiens qui ont atteint leur soixante-cinquième année. Aussi, un bon nombre de professeurs veulent profiter de ces apports financiers inattendus et prennent leur retraite, provoquant ainsi une décroissance marquée du corps professoral.

Pour contrer cette situation et pour permettre au Département de continuer à progresser, conscient de l’importance de la recherche, le Dr Rivard, pendant son mandat, favorise le recrutement de jeunes chirurgiens déjà formés et intéressés à la recherche. En 1996, après des années d’indécisions, de tractations et de luttes inter-hospitalières, le Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) est officiellement reconnu par le gouvernement provincial et les autorités universitaires. Il résulte de la fusion de l’Hôtel-Dieu, de l’Hôpital Notre-Dame et de l’Hôpital Saint-Luc. L’Hôpital Sainte-Justine devient le CHU mère-enfant et les hôpitaux Maisonneuve-Rosemont, Cartier-ville et l’Institut de cardiologie de Montréal deviennent des hôpitaux affiliés. Le Dr André Robidoux, chirurgien oncologue à l’Hôtel-Dieu de Montréal est nommé Directeur du Département de chirurgie du CHUM.

La direction actuelle du département de chirurgie

À la fin du mandat du Dr Rivard en 1999, il est remplacé par le Dr Gilles Beauchamp, chirurgien général et thoracique et Chef du Département de chirurgie de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Les années de restrictions budgétaires sont loin d’être terminées. Les nouveaux budgets ne donnent pas beaucoup de latitude au nouveau directeur pour augmenter le nombre des professeurs rémunérés par l’Université. Devant une telle situation, le Dr Beauchamp doit resserrer les rangs de tous les professeurs du Département, aussi bien professeurs de carrière que professeurs de clinique, et les inciter à participer activement et généreusement à la vie du Département. Aussi, il rencontre personnellement les chirurgiens de chacun des hôpitaux sous son égide. Il réorganise les réunions du Département où sont conviés les chirurgiens de tous les hôpitaux du Département. Il réactualise les Journées pédagogiques du Département qui ne se tenaient plus depuis quelques années. Pour s’assurer d’un recrutement des meilleurs candidats dans les divers programmes de chirurgie, il nomme président du Comité d’admission le Dr Robert Cossette, chirurgien cardiovasculaire et thoracique de l’Hôpital du Sacré-Coeur.

Le Docteur Labelle devient Responsable du Comité de la recherche au Département de chirurgie. Il définit un plan quinquennal avec le Comité de la recherche qui permettra de canaliser les efforts de recherche dans quatre secteurs principaux, soit la chirurgie orthopédique, la chirurgie cardiaque, la transplantation et l’oncologie. Il y a aussi des projets pour développer des secteurs de recherche en pédagogie médicale, en bioéthique et en traumatologie.

Un consortium sur les nouvelles technologies est créé et réunit des chercheurs du Département de chirurgie avec des chercheurs de l’École Polytechnique et de l’École des Technologies Supérieures, ainsi que certains membres du Département d’informatique de l’Université de Montréal.

Le Département de chirurgie veut définitivement s’insérer dans le domaine de la recherche reliée aux nouvelles technologies. Malgré des conditions difficiles, le Département de chirurgie de l’Université de Montréal tente toujours d’être à la fine pointe de l’enseignement et de la recherche et d’offrir les meilleurs soins chirurgicaux possibles aux patients qui lui sont confiés.

Marcel J. Rheault, MD, MSc, MA, FRCSC, FACS
Le 27 août 2001

 

Références

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Desjardins, Édouard : L’évolution de la chirurgie au Québec. L’Union médicale du Canada, 106:1166-1182, 1198-1211, août et septembre 1977.

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Rheault, Marcel : L’évolution de la médecine à Montréal pendant le XIXe siècle. Bulletin de la Société des médecins experts du Québec. 17:1-7, juillet 2000.